Soirée de dimanche en ville | Albert Camus

Au-dessus des torts, le ciel est devenue rougeâtre, et, avec le soir naissant, les rues se sont animées. Les cinémas du quartiers ont déversé dans la rue un flot de spectateurs. Parmi eux, les jeunes gens avaient gestes plus décidés que d’habitude et j’ai pensé qu’ils avaient vu un film d’aventures. Les jeunes filles du quartier se tenaient le bras. Les jeunes gens s’étaient arrangés pour les croiser et ils lançaient des plaisanteries dont elles riaient en détournant la tête.  

Les lampes de la rue se sont alors allumés brusquement et elles ont fait pâlir les premières étoiles qui montaient dans la nuit. J’ai senti mes yeux se fatiguer à regarder les trottoirs avec leur chargement d’hommes et de lumières. Les lampes faisaient luire le pavé mouillé, et les tramways, à intervalles réguliers, mettaient leurs reflets sur des cheveux brillants, un sourire ou un bracelet d’argent. Peu après, avec les tramways plus rares et la nuit déjà noire au-dessus des arbres et des lampes, le quartier s’est vidé insensiblement, jusqu’à ce que le premier chat traverse lentement la rue de nouveau déserte.

Albert CAMUS, L’Etranger.

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